Photographie et politiques de la Terre.

Le programme de soutien à la recherche et à la création vise à développer des approches diverses autour de la photographie. Pour la troisième édition, l’Institut a proposé de se tourner vers la Terre, aujourd’hui appréhendée dans sa puissance d’hospitalité en regard des enjeux écologiques actuels. 

La thématique photographie et politiques de la Terre nous a permis de découvrir 96 projets à l’échelle internationale, dont de nombreux, très intéressants et exigeants, qui répondaient aux critères de l’appel. Néanmoins, après de longues et riches discussions, le jury a retenu 4 projets que l’Institut va accompagner tout au long de l’année.

Les projets de recherche et de création des lauréat.e.s ci-dessous tiendront compte des différents aspects de la création du sujet photographie et politiques de la Terre.

LES LAURÉAT.E.S

THÉODORA BARAT
Four Corners

Fours Corners traite de l’empreinte de la recherche nucléaire états-unienne dans la région éponyme formée par quatre États attenants : l’Utah, le Colorado, l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Cette région s’est construite autour de l’uranium : extraction minière, conception des bombes pendant la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre froide, et maintenant gestion des déchets radioactifs.

Disséquant ce complexe scientifico-militaro-industriel, Four Corners interroge le désert comme terrain d’essai ultime et postule ces ruines radioactives comme derniers monuments de notre civilisation.



Théodora Barat est diplômée des Beaux-Arts de Nantes et du Fresnoy – Studio National des Arts Contemporains. Elle développe actuellement une thèse de recherche et création au sein du programme doctoral RADIAN.

Le travail de Théodora Barat mêle film, photographie et installation. Travaillant des perméabilités entre ces différents médias, elle apporte narration à l’un, volume à l’autre. Elle s’intéresse aux environnements en mutation, à ces moments ultimes où le paysage artificiel devient signe. Elle y ausculte les figures de la modernité, dissèque ses chimères afin d’interroger notre devenir.

Son travail a été présenté au Cneai, à la Emily Harvey Foundation (New York), à Nuit Blanche (Paris), à la Friche de la Belle de Mai (Marseille), à Mains d’Œuvres (Saint-Ouen), au Palais de Tokyo, à la Villa Médicis ainsi que dans de nombreux festivals internationaux. Elle a été lauréate du Prix Audi talents (2016) et de la bourse Face / Étant Donnés (2020).

Retrouvez le travail de Théodora Barat sur son site et son profil Instagram


ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET DE THÉODORA BARAT : à venir




GRÉGORY CHATONSKY
DéTerre

«Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci.» 
Ignaz Paul Vital Troxler

Avec DéTerre, Grégory Chatonsky poursuit une réflexion débutée avec Télofossiles à Taipei et Wuhan puis Terre Seconde au Palais de Tokyo mettant en relation l’intelligence artificielle et l’extinction. Il s’agit d’expérimenter les conséquences de l’Intelligence Artificielle sur l’automatisation de la représentation. Car si les réseaux de neurones artificiels se nourrissent de photographies, ils produisent un réalisme qui n’est plus photographique. Cette clôture du réalisme hérité de la révolution industrielle produit des images d’images et vient déstabiliser la notion même de vérité.

C’est à partir d’un dispositif produisant des images artificielles d’une Terre possible et cherchant dans notre planète des images ressemblantes, que des séances de travail s’ouvriront avec des théoriciens. Ces séances, ouvertes au public, auront pour objet d’explorer la relation entre la Terre et l’IA.



Depuis le milieu des années 90, Grégory Chatonsky travaille sur le Web le menant à questionner les nouvelles fictions qui émergent du réseau. À partir de 2001, il commence une série sur la dislocation, l’esthétique les ruines et l’extinction comme phénomène inextricablement artificiel et naturel. Au fil des années, il s’est tourné vers la capacité des machines à produire de façon quasi autonome des résultats qui ressemblent à une production humaine.

Ces trois problématiques sont devenues convergentes grâce à l’imagination artificielle qui utilise les données accumulées sur le Web comme matériau d’apprentissage de l’Intelligence Artificielle afin de produire une ressemblance. Dans le contexte d’une possible extinction de l’espèce humaine, l’IA apparait alors comme une tentative pour créer un monument par anticipation qui continuerait après notre disparition.

Il a été enseignant au Fresnoy, à l’UQAM et à présent à Artec. Il a été chercheur associé à l’ENS Ulm et l’Unige de Genève.


Retrouvez le travail de Grégory Chatonsky sur son site et son profil Instagram


ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET DE GRÉGORY CHATONSKY :




SARAH RITTER
L’ombre de la terre

L’ombre de la terre est un projet sur la durée qui s’origine dans l’exploration des chaînes de production des connaissances contemporaines. Un premier chapitre s’est concentré sur la recherche en optique, à l’exploration de la lumière comme outil, comme objet de recherche et comme enjeu industriel.

Les «laboratoires» sont vus comme espaces de mises en scènes, espaces de production de fictions. Un pont s’est opéré entre la recherche océanographique et la recherche optique. Les «profondeurs» de l’océan répondent aux montagnes, qui se sont élevées depuis le fond des océans anciens. Après la lumière comme objet, le second chapitre de L’ombre de la terre se concentrera sur les profondeurs : terrestres et maritimes.

La photographie a participé à l’entreprise de réduction de la terre à un espace calculable, quantifiable, homogène et indifférencié. En ce sens, elle est sans doute un des outils les moins bien placés pour produire un espace d’altération de l’ordre capitaliste – pour produire de l’hétérogène au sein de l’espace calculable et calculé. Mais à la suite de Flusser, Sarah Ritter pense qu’il est possible d’utiliser la photographie pour ouvrir des brèches, trouer les cartes, obscurcir l’horizon transparent et numérisé. Photographier est ici  une poïétique du regard. 

Comment par la photographie proposer d’autres mouvements au regard que celui d’une reconnaissance rassurante et bordée ? 
Ce chapitre comme le premier aura plusieurs sources, avec différent.e.s compagnes et compagnons de route, comme le département d’océanologie de l’université de Lille, sa plateforme technologique, les Archives nationales du monde du travail, et Elsa Dorlin avec laquelle l’artiste partira en Guyane, première région française d’extraction minière contemporaine.



Sarah Ritter est une artiste photographe. Sa méthode est heuristique. En effet, l’artiste, diplômée de l’École supérieure de la photographie d’Arles et de l’École nationale de Paris-Cergy, ne travaille pas par séries, mais par accumulation d’images trouvant au fil du temps leur ordre et leur logique associative. Le processus est donc long, permettant aux photographies de mûrir et de s’apparier formellement ou métaphoriquement.

Elle a publié une monographie aux Éditions Loco en 2019, « La nuit craque sous nos doigts », accompagnée d’une pièce inédite de Christophe Fiat. Son travail est présent dans deux collections publiques, celle du FRAC Auvergne et celle du FNAC, depuis 2020. Il a été montré en France (Centre photographique d’Ile-de-France, Rencontres d’Arles, Biennale de Mulhouse entre autres) et à l’étranger (Finlande, Allemagne, Slovaquie, Mexique).

Elle est actuellement en résidence dans l’imprimerie Mignotgraphie, avec le Ministère de la Culture, et co-dirige le projet de recherche en art « Léviathan » au sein de l’École supérieure d’art de Clermont-Métropole
«L’ombre de la terre », dont le premier chapitre a été soutenu par le CNAP, est  au départ une exploration des espaces de production de connaissances, notamment la recherche en optique. Ce second chapitre qui s’initie avec l’Institut pour la photographie de Lille, s’attachera à l’extraction, contemporaine comme passée, qui se mêle à celles des sciences.

Retrouvez le travail de Sarah Ritter sur son site


ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET DE SARAH RITTER : à venir




ANA VAZ
Le Jaguar Bleu

Le Jaguar Bleu suit les sols anthropiques d’origine pré-colombienne en Amazonie brésilienne : la terra preta, compost qui contredit le mythe colonial d’une nature vierge et révèle la forêt Amazonienne comme un jardin entretenu par les techniques agricoles avancées des peuples amérindiens. La terra preta devient ici un personnage spéculatif pour une anthropologie (a)symétrique entre les peuples de la forêt, ceux qui cultivent et maintiennent cette terre, et les peuples de laboratoires, à savoir les scientifiques qui l’étudient avec leurs machines de vision. 



Ana Vaz est une artiste et cinéaste brésilienne dont la filmographie s’appuie sur des collages expérimentaux d’images et de sons, trouvés et produits, pour réfléchir sur des situations et des contextes historique et géographiquement marqués par des récits de violence et de répression.

L’impact du colonialisme et la ruine écologique sont la toile de fond de ses “films-poèmes” immersifs. Expansion ou conséquence de ses films, sa pratique peut également s’incarner dans l’écriture, la pédagogie critique, des installations, des programmations de films ou événements éphémères. Ses films ont été projetés et discutés dans des festivals de cinéma, séminaires et institutions comme la Tate Modern, le Palais de Tokyo, le Jeu de Paume, le Centre Pompidou, LUX Moving Images, New York Film Festival, Berlinale Forum Expanded, BFI, Cinéma du Réel, Courtisane

Retrouvez le travail d’Ana Vaz sur son profil Instagram

ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET D’ANA VAZ : à venir

Télécharger les modalités de l’édition