Photographie et culture visuelle des imaginaires.

En tant que pourvoyeuse d’imageries allégoriques ou relevant de la mythification, la photographie est rapidement devenue un mode d’expression privilégié pour faire le lien entre le symbolique et le réel. Elle rend compte d’imaginaires collectifs ancrés dans les mythes ou croyances les plus anciens aux mondes les plus futuristes (rites, légendes, utopies, imagerie scientifique, imaginaires urbains, UFO, science-fiction, etc…).

Omniprésentes tant dans notre imagerie populaire que savante, ces représentations contribuent à notre conscience du temps présent ; certains s’interrogeant même sur leur participation à la construction sociale voire scientifique de la réalité.

Entre culture visuelle, anthropologie visuelle, sciences sociales, politique de l’actualité et histoire de l’art, on pourra appréhender la manière dont la photographie enclenche ou réactive des récits partagés, mais aussi comment elle exhume ou crée de toute part des imaginaires collectifs.

Les projets de recherche et de création des lauréat.e.s ci-dessous tiendront compte des différents aspects de la création des photographies et cultures visuelles des imaginaires.

LES LAURÉAT.E.S

EZIO D’AGOSTINO
True Faith

True Faith est une recherche sur le phénomène d’apparitions d’images religieuses en Italie, pays dans lequel se produisent les deux tiers des cas d’apparitions recensés dans le monde. À travers des archives de journaux, je repère cette « géographie invisible », je me rends dans les lieux des apparitions, je demande aux habitants de m’indiquer l’endroit de l’apparition et de me raconter ce qu’ils voient. En collaboration avec une socio-anthropologue, je recueille l’ensemble de ces témoignages. L’image photographique devient ainsi preuve de quelque chose d’improuvable, un document de quelque chose qui restera toujours invisible à mes yeux.

Après une formation en Archéologie à l’Université de Florence, Ezio D’Agostino étudie la photographie à la Scuola Romana di Fotografia de Rome. Sa démarche artistique résulte de sa formation d’archéologue : il pose son attention sur la stratification historique et culturelle du paysage, en invitant le spectateur à réfléchir sur les systèmes de construction de la société contemporaine et de ses imaginaires. Il vit à Marseille.

ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET D’EZIO D’AGOSTINO

VÉRA LÉON
Photographe : nom masculin ? Un métier à la source des imaginaires.

Si les stéréotypes genrés véhiculés par la culture visuelle ont maintes fois été dénoncés, la question de leur origine est souvent escamotée. Ce projet entend mettre en évidence les rapports de pouvoir qui déterminent les images, de leur production à leur réception. Il étudie notamment les hiérarchies sexuées internes aux métiers photographiques. En analysant des objets variés (périodiques, photographies, films…), il examine aussi la construction conjointe des normes sociales et visuelles. Enfin, à l’intersection de la recherche et de la médiation, entre héritage historique et problématiques contemporaines, il interroge les enjeux de la pédagogie de l’image à travers la question de la formation du regard et de ses implications genrées, sociales et politiques.

Véra Léon est l’autrice d’une thèse de doctorat en sciences de l’éducation intitulée “On ne naît pas photographe, on le devient”. De double formation, en histoire à l’ENS de Lyon, et en photographie et art contemporain à l’Université Paris 8, elle enseigne depuis 2015 à l’Université de Paris. Elle mène des recherches sur l’histoire des formations artistiques, et sur le genre dans le monde photographique.

ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET DE VÉRA LÉON

DAVID DE BEYTER
The Skeptics

The Skeptics est une recherche au long cours qui s’appuie sur une pratique amateur dérivée de l’ufologie, l’ufologie scientifique. Le projet rassemble films, photographies et objets et se décline en quatre chapitres (les deux premiers on été exposés au Prix découverte des Rencontres d’Arles, 2019). Le soutien de l’Institut permettra de mener les deux prochains : R.O.T.G. (Relics Of Technological Goddess), enquête photographique sur les fonds iconographiques des associations françaises de cette science de l’apparition (dont le Groupe ufologique du Nord) ; et Magical Places, série dephotographies nécessitant des procédés de mise en scène, d’expérimentation sur négatif, ou encore d’intégration 3D, afin d’exploiter, tels des décors, les paysages des îles Canaries ou certains sites spécifiques américains.

David De Beyter, ancien artiste étudiant du Fresnoy, vit et travaille à Tourcoing. Son approche de la photographie, à la fois conceptuelle et documentaire, repose principalement sur les pratiques du paysage en regard des différents statuts de l’image. Son travail Big Bangers a été sélectionné pour la prestigieuse exposition FOAM Talent, entre Amsterdam, Paris, New York, Londres et Francfort, et fait l’objet de plusieurs publications chez RVB Books, dont Damaged Inc. en 2018.

Pour aller plus loin :
Étienne Hatt, février 2020, En quête d’images, artpress 474, pages 11-12

ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET DE DAVID DE BEYTER

LAURELINE MEIZEL
Apprivoiser les abîmes ? Photographie, spéléologie et imaginaires souterrains

Si la photographie aérienne et ses incidences sur la perception et la représentation de notre environnement ont fait l’objet de recherches, la photographie souterraine demeure un impensé. Sous le signe de l’exploration verticale, elle relève pourtant d’un même désir de découvrir et de partager de nouvelles perspectives sur le monde, en éprouvant les normes de la pratique photographique. À partir de l’étude des activités d’Édouard-Alfred Martel (1859-1938), ardent promoteur de la spéléologie moderne, ce projet de recherche vise à comprendre comment, avec quelles intentions, selon quelles modalités et avec quels effets la photographie a reconfiguré la culture visuelle des imaginaires du monde souterrain, des théories de la Terre creuse aux représentations de l’univers minier, depuis la fin du XIXe siècle.

Née à Lille en 1980, Laureline Meizel est docteure en Histoire de l’art de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Depuis 2006, elle conduit des recherches sur les relations de la photographie et de l’édition aux XIXe et XXe siècles, auxquelles participent ses publications et ses enseignements à l’université et à l’EHESS. À ce titre, elle a notamment été lauréate du prix Roland Barthes en 2008 et elle est aujourd’hui membre du comité de rédaction de la revue Photographica.

ÉVÉNEMENTS AUTOUR DU PROJET DE LAURELINE MEIZEL

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